Biographie

L’immensité sauvage nordique : Sagapool propose un recueil d’éclats de rythmes éraillés et de méditations hivernales, sur album et en tournée nord-américaine en mars et avril 2012.

C’est suite à un délire musical improvisé sur le thème du Parrain dans les corridors du Conservatoire qu’un accordéoniste, une violoniste friande de czardas tziganes et un clarinettiste ont l’illumination: ils doivent fonder un groupe de klezmer. Leur projet prendra toutefois une toute autre tournure…

S’enrichissant au fil de spectacles spontanés dans les rues du Vieux-Montréal d’une panoplie d’instruments divers, Sagapool voit ses influences gitanes et balkaniques fleurir en un groupe original de six musiciens. Ils sont unis par une complicité telle qu’il semble, par exemple, tout à fait naturel pour le guitariste de joindre le bassiste sur son instrument pour l’accompagner dans une folle envolée à quatre mains. Au final, cette smala de joyeux compagnons soudés par mille aventures anecdotiques et abracadabrantes (la saga de Sagapool) nous partage ses histoires avec une virtuosité communicative.

C’est maintenant avec un nouvel accent que l’étonnante formation nous invite à la fête avec cet album homonyme (CMF Musik; 6 mars 2012); celui de sa terre natale, celui des vastes étendues où mène le vent du nord, celui des matins enneigés du Québec. À ce périple musical plus éthéré, Sagapool ne peut toutefois s’empêcher de saupoudrer son humour malicieux, donnant lieu à des « grooves » sucrés-salés en l’honneur d’un cousin accro à l’électro, ou encore à des entrées en scène explosives et inattendues.

« À nos débuts, nous voulions apporter de la chaleur à nos hivers, alors que maintenant nous assumons nos racines nordiques », explique Guillaume Bourque, clarinettiste et cofondateur du groupe. « Je pense que le résultat est très équilibré. Nous sommes reconnus pour notre énergie et le fait que nous jouons de plusieurs instruments. Cette énergie est toujours aussi présente, même si notre musique est plus introspective. »

Ce mélange d’espièglerie singulière, d’incroyable virtuosité et de profondeur nordique a fait récolter à Sagapool un prix de Musique Folk Canadienne (Meilleur groupe de musique instrumentale de l’année 2008) et de nombreuses participations dans les événements internationaux comme le WOMEX (2010). Le spectacle du groupe atteindra les États-Unis et les provinces maritimes canadiennes lors d’une tournée en mars et avril 2012 qui les mènera de la Caroline du Nord à la Nouvelle-Angleterre, en passant par New York (Living Room, 29 mars).

{Histoire complète ci-dessous}

Si la musique de Sagapool a ce caractère moqueur, c’est que ses membres ont un penchant pour les manigances tordues. Le groupe s’est notamment rendu célèbre pour avoir fait exploser une contrebasse et pour aimer surprendre l’auditoire — et le régisseur — en se catapultant sur scène à la dernière minute (une pratique aussi comique qu’insolite, qui a éventuellement inspiré la pièce Le fil boréal). Ils peuvent sonner comme le Hot Club envahi par des « beatboxers » en liesse (Mon cousin joue du synthé) autant qu’un ensemble contemporain téléporté dans une réception de noces bucoliques (De cordes et de bois).

Les membres de Sagapool ont mûri ensemble et ont gagné en sagesse. Une sagesse mélodique. La réflexion derrière l’exécution fait désormais en sorte que ce sont les mélodies, et pas seulement les « grooves », qui guident la troupe. Elles naissent parfois d’une simple note, inspirées autant par la musique de film et la musique classique que par les folklores gitans et d’Europe orientale.

« Nous voulons que les gens se lèvent et dansent, mais aussi qu’ils pensent », confie Bourque. Pour ce faire, Sagapool compte sur son riche héritage culturel. « Le nom "Sagapool" ne veut rien dire comme tel, mais en français, il évoque vaguement une vieille histoire familiale qui se transmet de bouche à oreille », ajoute-t-il.

Ladite histoire regorge de personnages et de lieux intrigants. Avec ses membres d’origine hongroise (le percussionniste Marton Maderspach) et italienne (l’accordéoniste de deuxième génération et cofondateur Luzio Altobelli), et ses liens avec les fabuleuses Îles-de-la-Madeleine, au Québec (Le vent des Îles), ainsi qu’avec les cultures colorées de la Côte-Nord du St-Laurent, le groupe sait parfaitement saisir la simplicité et la vivacité des lieux et des gens du Nord. Les pièces défilent comme autant de petits voyages, du noyau cosmopolite de Montréal aux confins du Nord-Est canadien, des plus sereines étendues aux ponctuations les plus vibrantes d’énergie.

Bien qu’elle demeure un élément majeur de ses spectacles, la fascination initiale du groupe pour la rencontre entre la musique de film et le folklore européen, entre l’exubérance des Balkans et l’élégance sautillante du klezmer n’est plus la force motrice du groupe. En revanche, l’influence cinématographique, pour son pouvoir d’évocation narrative, tient un rôle plus important que jamais pour Sagapool.

« La principale force de notre musique tient dans les mélodies », selon le bassiste et pianiste Alexis Dumais. Des mélodies qui coulent avec une force tranquille lors des morceaux de piano solo ou qui vibrent d’émotion aux couleurs contrastantes des cordes et des anches lors des passages d’ensemble (45.56°N 73.58°O -90°). « Cet album est le fruit d’une plus grande part d’improvisation en groupe, confie Dumais. Nous avons pris le matériel et les mélodies proposés par différents musiciens du groupe et les avons simplement jouées. Les pièces ont naturellement pris forme. »